18/10/2005

Les vicissitudes des trois derniers siècles



Le XVIIIe siècle est catastrophique pour les Turcs : recul vertigineux des Ottomans, isolement et affaiblissement des Ouzbeks, domination anglaise aux Indes, protectorat russe sur les Kazakhs, liquidation des Tatars de Crimée (1777-1783), mainmise chinoise sur la Sérinde, l’une des plus vieilles terres de civilisation turque, qui devient « la Nouvelle Province », le Sin-kiang (Xinjiang) (1759). Le XIXe siècle est pire : à Constantinople – Istanbul –, un empire qui n’a plus que quelques années à vivre ; à Delhi, un souverain britannique ; des Russes à Samarkand, Boukhara, Khiva, Bakou, dans l’Azerbaïdjan, rien ne laissant entrevoir le moindre espoir de redressement. Le sursaut nationaliste de Mustafa Kemal Atatürk, sa révolution nationale, sa guerre d’indépendance sauvent la Turquie ou, plutôt la fondent puisqu’il avait jusque-là surtout existé des Ottomans. Le régime soviétique crée assez artificiellement des républiques fédérées dans le sein de l’URSS, celles de l’Azerbaïdjan – dont une partie est iranienne et le reste, malgré les tentatives russes pour s’en emparer au temps de la seconde guerre mondiale –, l’Ouzbékistan, le Türkmenistan, le Kazakhstan, le Kirghizistan, et, au sein de la République russe, des républiques « autonomes », celles des Tatars, des Bashkirs, des Tchouvaches, de l’Altaï, des Tuva et des Yakoutes – cette dernière démesurée, couvrant la majeure partie de la Sibérie, mais peu peuplée de Yakoutes et largement de colons. L’effondrement de l’Union soviétique libère les premières, pose le problème des secondes, en particulier de celles qui ont pour axe la Volga et ne sont séparées que par un couloir du Kazakhstan. Ce qui fait cependant que les Turcs vivent encore après tant d’épreuves, c’est d’abord qu’ils ont conservé leur langue (même quand ils parlent aussi le russe), leur attachement aux traditions (même quand ils ne croient plus à l’islam). C’est ensuite et surtout qu’ils ont eu foi en la vie, qu’ils ont eu des enfants. Bien qu’il soit impossible de les dénombrer exactement, on peut admettre qu’ils sont approximativement cent cinquante millions, répartis sur quelque 4 700 000 kilomètres carrés. Que feront-ils demain ? La question est d’autant plus importante qu’ils occupent des positions stratégiques – les détroits qui relient mer Noire et Méditerranée, Proche-Orient et Balkans – et disposent de richesses qui peuvent être considérables : pétrole et gaz des républiques d’Asie centrale. Leur passé semble garant de leur avenir, mais le passé ne tient pas toujours ses promesses.
 
Jean Paul Roux

1turquie

04:31 Écrit par uchisarpension | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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