28/11/2005

 Présence en Orient, et appel de l’Occident




En simplifiant, en ne voyant que les principaux mouvements qui les ont mus, on peut dire qu’ils ont répondu à un constant appel de l’Occident et ce, dès les derniers siècles avant l’ère chrétienne et jusqu’à nos jours où, tout pacifiquement, ils souhaitent adhérer à l’Union européenne. Il ne manquait pas de tentations sur leur route, c’est-à-dire de proies à dévorer, la Chine et les Indes en particulier. Ils céderont à la tentation et se jetteront sur elles. Ils y laisseront des souvenirs de leurs dévastations et, plus souvent, de leurs réalisations grandioses : que l’on songe aux grottes de Long men (fin du Ve siècle), un des joyaux de l’art chinois, œuvre de la dynastie des Wei fondée par les turcophones Tabghatchs, ou encore au Kutb Minar de Delhi, au Tadj Mahal d’Agra et à tant d’autres monuments qui font la gloire des Grands Moghols, Turcs malgré leur nom ! Ils y laisseront beaucoup, mais n’y auront pas leur destin. Pendant le premier millénaire de notre ère, la présence turque semble essentiellement orientale. Toutes leurs organisations politiques, ou presque, naissent en Mongolie du Nord, dans la région des fleuves Orkhon et Sélenga ; elles y installent leur trône, sous la tente d’abord, dans une capitale murée ensuite (VIIIe siècle). Toutes envoient les cavaliers traverser le Gobi pour aller en Chine, parfois en alliés ou en commerçants, plus souvent en conquérants. Ce sont d’abord les Hiong-nou, fondateurs au IIIe siècle avant J.-C. du premier empire des Steppes, puissante fédération nomade, dirigée par des hommes dont on ne sait trop quelle langue ils parlent, le turc ou le mongol, mais dont les masses relèvent en majeure partie au moins de la turcophonie : contre eux, les Chinois édifieront leur Grande Muraille, relativement en vain. Ce sont ensuite ces Tabgatchs que je viens d’évoquer à propos de Long-men, puis les T’ou-kiue, les premiers à se nommer Turcs (Tou-kiue est la transcription chinoise de Türk ou de Türük), et encore les Ouïghours qui, au cours d’une campagne en Chine, découvrent et adoptent le manichéisme en 762. Si les rapports des proto-Turcs et des Turcs avec la Chine nous paraissent le fait capital de leur histoire ancienne, c’est par suite du prestige de l’empire du Milieu, des problèmes que lui posent les invasions barbares, et parce que ses chroniques les mettent en évidence. Celles-ci relatent moins les événements qui se passent à l’ouest et, pour les mieux connaître, il faut avoir recours aux inscriptions t’ou-kiues, aux rares documents iraniens connus et aux sources byzantines. L’expansion turque en Occident n’en a pas pour autant moins d’ampleur, moins d’intérêt, et ses conséquences seront plus considérables. Dès le IIIe siècle avant notre ère, des Turcs hantent les steppes entre le lac Balkach et la mer d’Aral. Au Ier siècle, un parti de Hiong-nou, dont on perd ensuite la trace, vient les y rejoindre. Ces nouveaux venus continuent-ils leur route vers l’Europe pour revenir au jour sous le nom de Huns en 374, date à laquelle ces derniers passent le Don et le Dniepr, et peut-être plus tôt, au IIe siècle, sur la basse Volga, si Ptolémée dit vrai ? La longue solution de continuité rend le fait douteux, la relative similitude des deux noms la rend possible. Quoi qu’il en soit, les Huns s’installent dans la plaine hongroise, entretiennent des rapports avec l’empire romain et, sous la conduite d’Attila, attaquent la Gaule (451) et l’Italie, avant de se dissoudre. Nul ne sait quelle était leur langue, mais, cette fois encore, il semble bien que ce soit le turc. En effet, un siècle plus tard, on rencontre en Europe orientale nombre de turcophones et, parmi eux, un peuple certainement turc, les Bulgares – lesquels entrent en 580 dans les Balkans où ils se slavisent et se christianisent (IXe siècle). Ce sont indiscutablement les T’ou-kiue qui ont donné une impulsion décisive aux peuples turcs et à la turcophonie : le fait que leur nom ait été choisi, probablement par les Arabes, pour désigner tous ceux qui parlaient (ou à peu près) leur langue suffirait à la prouver. Si la Chine reste pour eux un objectif essentiel et la première préoccupation, ils s’installent néanmoins fortement au Turkestan occidental, s’infiltrent en Sogdiane et commencent à en dessiner la future vocation de pays turc ou dirigé par des Turcs. Ils entretiennent des relations avec l’Iran et avec Byzance, pour cette dernière grâce à l’intermédiaire des peuples de l’Europe sud-orientale sur lesquels ils exercent parfois un véritable protectorat, peut-être déjà les Khazars non encore judaïsés qu’on verra au moins intervenir dans l’histoire byzantine en 626-627.

Jean Paul Roux

1turquie

 







03:32 Écrit par uchisarpension | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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