07/12/2005

Un peuple, issu des steppes, à vocation guerrière



Les Turcs se sont formés au Ier millénaire avant notre ère dans la taïga sibérienne orientale – où ils vivaient de chasse, de pêche et de cueillette – et en sont sortis progressivement pour devenir tous hommes des steppes aux derniers siècles avant l’ère chrétienne. Immense révolution ! Les voilà cavaliers, pasteurs nomades, caravaniers sur les routes internationales, sur celle que l’on nommera improprement « de la soie » à la suite d’un Allemand du XIXe siècle. Ils conservent peut-être de leur passé une agriculture rudimentaire dans les vallées des fleuves et une industrie – les tapis noués dont ils sont, avec les Iraniens, les inventeurs –, sans oublier le travail des métaux : or, fer, bronze, par lesquels s’exprime le célèbre art animalier des steppes dont ils sont producteurs à part entière. Comme ils sont installés sur les herbages de la Mongolie septentrionale, les plus riches du monde, les chevaux constituent leur principale ressource. Sauf accidents, telles épizooties ou famines, les Turcs possèdent au moins trois chevaux par personne et, ayant inventé, ou emprunté aux Iraniens, le redoutable arc réflexe et, en forgerons, fabriqué des sabres, des lances et des épées de qualité, ils ne peuvent pas résister à l’appel des aventures guerrières. Ils deviennent par excellence les « Barbares » (Hou en chinois), du moins si ce terme implique l’agressivité et non l’absence de culture. Ils resteront des guerriers, même s’ils sont commerçants ou forment (par exemple en Anatolie) une solide race terrienne, même s’ils ont le sens de l’organisation, le goût de l’administration – qui permettra à l’Empire Ottoman de constituer de colossales archives – même s’ils aiment la paix, ce qu’ils ne cessent de dire, et veulent construire un empire universel, parce qu’il « ne doit y avoir qu’un seul souverain sur la terre comme il y a un seul Dieu dans le ciel ». Cette idéologie, qui est de celles qui coûtent cher, ne crée pas leur vocation militaire, mais sert à la justifier. Sans la guerre, il n’y aurait pas d’histoire turque – peut-être n’y aurait-il même plus de Turcs – et aussi, il faut bien le dire, sans la force d’attraction qu’ils exercent, sans leur étonnante facilité à « turquiser », même quand ils ne le souhaitent pas. C’est à cela qu’ils doivent de s’être répandus sur l’Ancien Monde, du Pacifique à l’Europe centrale, du cœur des Indes aux confins marocains.

Jean Paul Roux

1turquie

13:58 Écrit par uchisarpension | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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